ENGAGEMENT – VULGARISATION
Faire vivre la pensée complexe d’Edgar Morin dans les jardins ordinaires de l’existence
Comprendre la pensée complexe est essentiel.
La faire entrer dans la vie est notre engagement.
L’œuvre d’Edgar Morin nous donne des outils pour comprendre un monde où tout s’entremêle : les individus et les sociétés, le vivant et son milieu, l’ordre et le désordre, les causes et leurs effets, les connaissances et leurs limites.
Mais une pensée, aussi féconde soit-elle, ne transforme pas une existence simplement parce qu’elle a été comprise.
C’est là que commence notre travail.
Une œuvre fondée sur plusieurs voies complémentaires
L’œuvre de Morin repose d’abord sur trois dimensions essentielles.
La conception
Élaborer une pensée capable de relier ce que nos habitudes intellectuelles ont séparé.
- Distinguer sans disjoindre.
- Relier sans confondre.
- Observer les interactions, les rétroactions, les interdépendances, les émergences.
- Tenir ensemble ce qui paraît contradictoire.
- Accepter enfin que l’incertitude ne soit pas un défaut provisoire de nos connaissances, mais une composante du réel.
La transmission
- Enseigner cette pensée, l’approfondir, la confronter aux sciences et aux autres savoirs.
- Morin ne propose pas une doctrine à apprendre par cœur.
- Il propose une méthode pour apprendre à penser.
- Et notamment à ne jamais prendre une partie pour le tout.
La sensibilisation
Faire sortir ces interrogations des seuls cercles académiques.
- Livres, articles, entretiens, conférences, médias : Edgar Morin n’a cessé d’intervenir dans les débats de son époque.
Cette sensibilisation rend visibles les enjeux.
- Elle peut éveiller.
- Elle peut donner envie de poursuivre.
- Mais elle ne suffit pas toujours à créer les conditions d’une mise en pratique.
Une œuvre qui demande à être poursuivie
Edgar Morin a ouvert des pistes très concrètes.
- Enseigner à vivre.
- Réformer l’éducation.
- Apprendre à affronter l’incertitude.
- Développer une conscience de notre communauté de destin.
- Retrouver la place de l’amour, de la poésie et de la sagesse dans une civilisation qui privilégie volontiers l’efficacité, la performance et la maîtrise.
Il y a plus de vingt ans, Edgar Morin encourageait et parrainait les premiers pas de l’École Buissonnière.
Puis, quelques semaines avant sa disparition, il confirmait explicitement à Gérard Verret une mission :
Faire vivre la pensée complexe
dans les jardins ordinaires de l’existence
et y semer quelques graines
d’amour, de poésie et de sagesse.
Cette mission consiste à explorer un prolongement qu’il avait lui-même appelé de ses vœux.
La vulgarisation : traduire sans trahir
À l’École Buissonnière, vulgariser ne signifie pas simplifier avec le risque de déformer. Cela signifie :
Rendre accessible sans réduire,
pour aller jusqu’à l’expérience vécue.
- La vulgarisation inclut donc naturellement la mise en pratique.
- Une idée devient une question.
- La question devient une expérience.
- L’expérience déplace le regard.
- Le regard transforme une décision, une relation, un geste.
Et peu à peu, une manière de penser peut devenir une manière différente d’habiter le monde.
De Babel à la langue de la Vie
Notre époque dispose d’un vocabulaire très efficace pour exprimer certains de ses rêves :
- efficacité, puissance, domination, performance, compétition, accélération, conquête.
D’autres mots paraissent moins familiers :
- efficience, robustesse, coopération, résilience, symbiose, maturation, alliance.
Il ne s’agit évidemment pas de déclarer les premiers mauvais et les seconds bons. Ce serait retomber dans la pensée binaire.
Il s’agit de constater un déséquilibre de langage. Et notre langage façonne notre manière de regarder le monde.
Notre nouvelle tour de Babel n’est peut-être plus seulement celle de langues différentes que les traducteurs numériques savent maintenant franchir. Elle est plus profonde :
Nous parlons de plus en plus difficilement la langue du Vivant.
La pensée complexe comme début de traduction
Morin ne nous livre pas un dictionnaire de la Vie.
Il nous aide plutôt à en retrouver la grammaire :
- les liens,
- les boucles,
- les rythmes,
- les interdépendances,
- les paradoxes,
- les ambivalences,
- les émergences,
- les métamorphoses.
Nous découvrons alors que bien des intuitions des anciennes sagesses n’étaient peut-être pas aussi éloignées de certaines découvertes contemporaines que nous l’avions imaginé.
- Sans confondre leurs registres.
- Sans syncrétisme.
- Sans retour nostalgique au passé.
Les remettre en dialogue.
Alors, concrètement ?
La pensée complexe peut intervenir dans toutes les situations
- Lorsque nous choisissons.
- Lorsque deux besoins semblent contradictoires.
- Lorsque nous voulons agir sans connaître toutes les conséquences.
- Lorsque nous traversons un conflit.
- Lorsque nous cherchons notre juste place.
- Lorsque nous jardinons, mangeons, travaillons, aimons, vieillissons.
- Lorsque nous devons décider s’il faut lutter, composer, attendre ou bifurquer.
Voilà pourquoi la pensée d’Edgar Morin irrigue nos Rencontres sans qu’il soit nécessaire de la nommer.
Elle n’est pas le sujet.
Elle est la manière de relier les sujets.
Et sa question devient alors extraordinairement concrète :
Qu’avons-nous oublié de relier aujourd’hui ?
Peut-être est-ce en renouant ces liens que nous pourrons peu à peu
réapprendre la langue de la Vie
et recommencer à dialoguer avec elle

